Benchmark · États-Unis · 20 octobre 2026

Ce que font les États-Unis avec leurs données publiques, et ce qu'on peut en apprendre

Il serait temps qu'on aille voir les systèmes digitaux, solides ou non, que les États-Unis ont mis en place. Pourquoi ne pas en tenir compte et peut-être s'inspirer un peu ?

Aux États-Unis, des sites et des applications permettent de voter, de suivre les dépenses de l'État, de chiffrer une loi ou de demander l'asile. Certains ont touché des millions de personnes. D'autres ont été arrêtés du jour au lendemain. Cette page présente les plus connus pour quatre publics : les citoyens, les responsables politiques, les entreprises et les personnes immigrées. Pour chaque outil, vous trouverez ce qu'il fait, ce qu'on sait de son effet réel, et la fiabilité du chiffre (une pastille de couleur l'indique).

Pour commencer : trois lectures étudiées

USAFacts, « The future of government data »

De quoi il s'agitUn rapport de l'association USAFacts et du Center for Open Data Enterprise, nourri par 150 experts. Il décrit le système statistique fédéral américain : une référence mondiale, mais vieillissante sur le plan technique, bousculée par l'intelligence artificielle, et dont certaines collectes ont été arrêtées sous l'effet de la politique fédérale.

Ce qu'on en retientLa même fragilité existe en France : le jeu « crimes et délits » est archivé depuis 2022, et le portail américain data.gov renvoyait une erreur 404 le 20 octobre 2026. Politik date chaque source et montre les jeux archivés comme des trous.

Solution Based USA, « Our Progress »

De quoi il s'agitUn centre de recherche sur les politiques publiques. Sa page « Our Progress » affiche 12 résultats de recherche, 197 responsables politiques suivis et 12 domaines.

Ce qu'on en retientUn bon exemple de « page de comptes rendus » : l'organisme publie lui-même son tableau de bord d'impact. Attention, ces chiffres sont donnés par l'organisme (niveau D).

Gallup, « Americans Oppose AI Data Centers in Their Area »

De quoi il s'agitUn sondage national de mars 2026 auprès de 1 000 adultes, avec une marge d'erreur de 4 points : sept Américains sur dix s'opposent à un centre de données près de chez eux, dont 48 % fortement. Le sujet est annoncé comme un enjeu des élections locales.

Ce qu'on en retientUn sujet neuf à exposer en France (consommation d'électricité mesurée par RTE, acceptation locale). Et un modèle de chiffre d'opinion bien présenté : la méthode et la marge d'erreur sont publiées.

Pour les citoyens : voter, vérifier, comprendre

Vote.org

D

Ce qu'il faitPermet de s'inscrire sur les listes électorales, de vérifier son inscription, de voter par correspondance et de trouver son bureau de vote.

Ce qu'on sait de son effetRapport d'impact 2024 (juin 2025) : 87 millions de contacts, plus de 40 millions de visites, plus de 2,2 millions d'électeurs inscrits. 81 % des personnes inscrites via le site ont voté (annonce de septembre 2024). Ces chiffres viennent de l'organisation elle-même.

USAFacts

DS

Ce qu'il faitRassemble les données de plus de 60 agences publiques. Publie chaque année « America in Facts » à l'intention du Congrès. Son site sur le Covid a reçu un prix (Edison Awards 2021).

Ce qu'on sait de son effet2,5 millions de visiteurs le jour du lancement. Plus de 65 millions de personnes ont vu au moins une partie de sa série vidéo avant novembre 2024. Une enquête annuelle, « State of the Facts », mesure la confiance dans les données.

Ballotpedia

S

Ce qu'il faitUne encyclopédie des élections : candidats, référendums, lois. Elle vend aussi ses données.

Ce qu'on sait de son effetLes médias et les campagnes s'y réfèrent de fait. Aucune mesure d'audience publique n'a été trouvée. Un commentateur juge ses données inégales et peu reprises par les candidats.

GovTrack.us

S

Ce qu'il faitSuit les textes de loi et les votes du Congrès depuis plus de vingt ans.

Ce qu'on sait de son effetL'outil dure, et d'autres outils reprennent ses données. Aucun compteur d'usage n'est publié.

ProPublica (Represent, Nonprofit Explorer)

S

Ce qu'il faitJournalisme de données. Ses outils permettent de consulter les votes des élus et les comptes des associations.

Ce qu'on sait de son effetSon rapport annuel 2024 met en avant les effets de ses enquêtes sur les politiques publiques. Aucun chiffre d'audience de ses outils n'a été trouvé.

Opportunity Insights, Economic Tracker

VméthodeSimpact

Ce qu'il faitDes données privées (cartes bancaires, fiches de paie) rendues publiques, code postal par code postal, pendant la pandémie.

Ce qu'on sait de son effetLancé en mai 2020 à l'intention des décideurs. La méthode a été publiée dans une revue scientifique, le Quarterly Journal of Economics (2023). Aucune mesure d'usage récente.

Ce qu'on en retient. Les outils qui ont le plus d'effet sont ceux qui font agir : s'inscrire, voter, vérifier un vote. Les encyclopédies pèsent moins. Un tableau de bord gagne à proposer une action simple : « vérifier un chiffre entendu », « copier la source », « poser une question à la CADA » (la commission qui garantit l'accès aux documents administratifs).

Pour les responsables politiques : suivre l'argent et les preuves

USAspending.gov

V

Ce qu'il faitLe site officiel des dépenses de l'État fédéral : subventions, prêts et contrats. Il est géré par le Trésor et par l'OMB, le bureau du budget de la Maison-Blanche.

Ce qu'on sait de son effetSelon le CRS, le service de recherche du Congrès, il sert de base au contrôle parlementaire. En 2022, le GAO (l'équivalent américain de la Cour des comptes) relève que 37 inspecteurs généraux sur 57 signalent des erreurs de montants. En 2025, le Congrès légifère pour étendre la couverture (Stop Secret Spending Act).

Les bases de l'Evidence Act (loi de 2018)

DimpactVcadre

Ce qu'il faitPlus de 10 bases fédérales recensent plus de 20 000 interventions évaluées. Chaque agence a un responsable des données (Chief Data Officer) et un plan d'évaluation.

Ce qu'on sait de son effetL'organisation Results for America affirme que 19,7 milliards de dollars ont été réorientés en dix ans vers des programmes qui ont fait leurs preuves (chiffre donné par l'organisation). Le GAO publie en 2023 treize pratiques clés.

Quorum, FiscalNote, LegiScan

D

Ce qu'il faitDes logiciels privés de suivi des lois et de contacts avec les décideurs, pour les affaires publiques.

Ce qu'on sait de son effetClassements 2026 de fournisseurs sans méthode publiée, et témoignages de clients. Seul LegiScan propose des données structurées gratuites.

CBO (Congressional Budget Office)

S

Ce qu'il faitLe bureau du budget du Congrès chiffre, en toute indépendance, le coût des projets de loi. Il propose aussi des outils interactifs.

Ce qu'on sait de son effetSon chiffrage fait autorité au Congrès. Aucune mesure d'usage n'a été trouvée.

Pew, « Fiscal 50 »

A

Ce qu'il faitUn tableau de bord sur la santé budgétaire des 50 États.

Ce qu'on sait de son effetLes élus des États le citent comme référence. Non vérifié ici.

Ce qu'on en retient. Pour les décideurs, l'effet passe par l'infrastructure : une base de dépenses que tout le monde cite, même imparfaite. Il passe aussi par l'obligation légale d'évaluer. La matrice de responsabilité de Politik et son catalogue de données jouent ce rôle, à petite échelle.

Pour les entreprises : lire l'économie

FRED (Banque centrale de Saint-Louis)

V

Ce qu'il faitPlus de 800 000 séries économiques, des graphiques et un accès pour les programmes informatiques (API).

Ce qu'on sait de son effetEn 2024 : plus de 35 millions de visites et plus d'un milliard de requêtes d'API ; 34,4 millions de sessions ; un tiers des utilisateurs se servent de l'outil de graphique ; plus d'un tiers viennent de l'étranger. Chiffres de la Fed.

Census Business Builder, Business Trends and Outlook Survey, Small Business Pulse

VoutilAimpact

Ce qu'il faitDes données de marché par territoire pour ouvrir ou développer une activité, et des enquêtes de conjoncture nées de la pandémie, réutilisées après des ouragans.

Ce qu'on sait de son effetUsage décrit par l'administration elle-même. Aucun compteur d'utilisateurs trouvé.

Tableaux de bord d'États (Texas TexStats, tableau de bord économique de Caroline du Nord)

A

Ce qu'il faitDes données économiques locales pour les entreprises et les collectivités.

Ce qu'on sait de son effetLeur existence et leur but sont documentés. Leur effet n'est pas mesuré.

Opportunity Insights (données privées regroupées)

S

Ce qu'il faitDépenses, revenus et emplois par code postal et par taille d'entreprise.

Ce qu'on sait de son effetVoir la partie « citoyens ».

Ce qu'on en retient. FRED donne l'exemple d'un outil qui compte son audience et la publie. Politik mesure désormais sa fréquentation sans cookie ni traceur publicitaire ; publier ces chiffres reste à faire.

Pour les personnes immigrées : des outils qui conditionnent un droit

CBP One (janvier 2023 à janvier 2025)

VCBPSpresse

Ce qu'il faitL'application fédérale pour prendre rendez-vous afin de demander l'asile aux points d'entrée du territoire.

Ce qu'on sait de son effetPlus de 936 500 rendez-vous programmés de janvier 2023 à décembre 2024, soit environ 1 450 créneaux par jour. 280 000 connexions quotidiennes en janvier 2025. Critiques de parlementaires sur l'accessibilité. Arrêt le 20 janvier 2025, avec l'annulation d'environ 30 000 rendez-vous.

CBP Home (depuis mars 2025)

S

Ce qu'il faitLa même application, réorientée vers le départ volontaire (« self-deportation »).

Ce qu'on sait de son effetLe changement d'objectif est documenté par la presse et par le DHS, le ministère de la Sécurité intérieure.

Welcome.US, Welcome Connect

DS

Ce qu'il faitMet en relation des parrains américains avec des Ukrainiens, des Cubains, des Haïtiens, des Nicaraguayens et des Vénézuéliens.

Ce qu'on sait de son effet1 400 Ukrainiens parrainés la première année (février 2023), 1 800 personnes au printemps 2023. Le programme CHNV a été résilié par le DHS en juin 2025. Le chiffre de 500 000 nouveaux arrivants « accueillis » dépasse largement ce que fait la plateforme.

Suivi de dossier de l'USCIS (site officiel) et outils privés (Boundless, Lawfully, MyCasesHub)

VUSCIS, AICS

Ce qu'il faitStatut du dossier, délais de traitement (l'USCIS publie le délai dans lequel 80 % des dossiers sont traités) et alertes.

Ce qu'on sait de son effetLe tableau de bord de l'American Immigration Council couvre plus de 190 types de demandes : l'arriéré passe de 3,5 millions (2016) à 11,6 millions de dossiers (fin 2025). Selon le Niskanen Center, le délai médian de naturalisation est de 17,2 mois en 2026.

Ce qu'on en retient. L'outil qui a le plus pesé pour les personnes immigrées est une application de l'État qui conditionne l'accès à un droit : CBP One. Son histoire montre le risque : le même outil peut être retourné en six semaines. En France, le parallèle est la demande de numéro de sécurité sociale (SANDIA) et la future carte Vitale numérique. Politik doit suivre les délais et les refus, pas seulement les montants de fraude.

Cinq leçons pour Politik

  1. Mesurer et publier son propre usage, comme FRED et Vote.org, sans traceur publicitaire ni cookie.
  2. Donner une action par écran : vérifier, copier, demander à la CADA, signaler un chiffre faux.
  3. Dater et archiver. Les jeux de données s'arrêtent (crimes et délits en 2022, collectes fédérales en 2025). Un tableau de bord honnête montre ses trous.
  4. Séparer l'infrastructure de l'opinion. USAspending est cité par tous, bien qu'imparfait, parce qu'il est officiel. Gallup est utile parce qu'il publie sa marge d'erreur. Politik garde ses niveaux V, S, D et A.
  5. Suivre les outils de l'État qui conditionnent un droit (CBP One, SANDIA, carte Vitale). C'est là que la donnée a le plus d'effet sur les personnes.

Sources consultées